La Ville fond

OGRE N°19 – Quentin Leclerc

Quentin Leclerc

La Ville fond

 

jeudi 07 septembre 2017
Taille : 140/185 mm – 208p. – 18€
ISBN : 979-10-93606-94-1

Ce qui, pour Bram, devait n’être qu’une banale course allait bientôt devenir la quête la plus épique de toute son existence…

 

Bram lisait son journal quand il s’aperçut qu’il était en retard. Bram s’aperçut de son retard après avoir consulté sa montre et non en lisant son journal. Bram avait été à ce point distrait par la lecture de son journal qu’il en avait oublié de consulter sa montre et de vérifier l’heure si bien qu’il s’était mis bêtement en retard, bêtement et absolument en retard. Bram replia à la hâte son journal, débarrassa sa vaisselle dans l’évier et s’empressa d’enfiler sa veste. Puis il mit un temps infini à retrouver ses clés, qu’il retrouva finalement, par chance se dit-il, dans une des poches inutilisées de sa veste. Il se précipita à l’extérieur et referma la porte d’entrée derrière lui avant de se diriger d’un pas rapide vers son arrêt de bus.

 

Imaginez-vous, un matin, prendre votre bus comme d’habitude pour aller en ville et que tout, absolument tout s’y oppose. Le réel se met à capoter petit à petit, comme si une étrange force semblait s’opposer à votre venue en ville.

Chaque jour, Bram et le chauffeur du bus vont se lancer dans une quête absurde et tragique : atteindre la ville. Cette aventure, en apparence dérisoire, devient progressivement le théâtre du combat acharné entre le héros et le monde qui l’entoure.

Empruntant autant aux codes des séries que des jeux vidéo, La Ville fond explore les variations infinies de l’imagination.

 

LA PRESSE EN PARLE

 

« La Ville fond », par Michel Loyez, Page des libraires, 5 octobre 2017 : Un livre complètement déroutant où le rêve et la réalité s’imbriquent et modifient le sens de la vie, où le présent voyage dans le temps ; (…) quelque chose qui tient tout dans l’écriture, comme un impossible et multiple chemin de vérité et de stabilité de la conscience du monde. Superbe !Lire plus

 

LES LIBRAIRES AUSSI

 

Livre aux trésors (Liège) : Improbable expérience de lecture, entre « Kafka a mangé un Clown » et cette schizophrénie brumeuse des rares gueules de bois où l'on se sent agréablement flotter dans un monde qui a perdu toute consistance. Absurde à souhait, ça innove, ça hypnotise, ça engloutit… Vivement recommandé !Lire plus

 

EXTRAIT

 

C’est sous le soleil pourtant rare du mois d’octobre que la ville s’était mise à fondre. Bram marchait vers le bus dont les pneus avaient éclaté. Le chauffeur était accroupi à côté de l’une des roues aux pneus éclatés. Le chauffeur tentait par tous les moyens de regonfler le pneu, mais il n’y avait rien à faire, il avait éclaté. Bram posa une main sur l’épaule du chauffeur accroupi en signe d’encouragement : il n’y avait rien à faire. La pompe soufflait dans le vide. « Décidément, se dit Bram, il n’y a rien à faire. » Bram regardait la pompe souffler dans le vide, accrochée au pneu crevé. Bram avait l’habitude de prendre ce bus pour se rendre en ville. Chaque semaine, le même jour, il empruntait ce bus pour se rendre à la pharmacie de la ville. Auparavant, il y allait pour acheter les médicaments de sa femme, mais désormais, n’ayant plus de femme, il y allait pour acheter ses propres médicaments. Les mêmes médicaments depuis des années, pourtant différents des médicaments de sa femme. Bram ne souffrait pas de la même maladie dont avait souffert sa femme, ce qui justifiait ce traitement composé de médicaments différents. Dans le bus, Bram s’asseyait sur l’un des sièges du fond, à droite, collé à la fenêtre, puis observait les champs, les forêts, les ponts. Il pensait à bien d’autres choses alors qu’il regardait les champs, les forêts et les ponts. Bram avait toujours eu un goût prononcé pour les paysages et, dès qu’il devait effectuer un trajet, il s’arrangeait pour ne pas conduire, pour observer les paysages. Sa femme n’avait jamais eu aucun goût pour les paysages, ce qui convenait parfaitement à leurs déplacements : elle conduisait, lui regardait. Maintenant sans sa femme, il préférait se faire conduire pour continuer à regarder. Mais le chauffeur pestait toujours contre les pneus crevés du bus. Cela attrista Bram. Il n’y avait aucun moyen que le bus reparte avant plusieurs heures, voire jours. Tout dépendait de la vitesse à laquelle le mécanicien pourrait intervenir, s’il intervenait. Le mécanicien avait mauvaise réputation concernant ses délais d’intervention. C’était problématique pour la suite, pour que Bram puisse se rendre en ville. Bram n’avait jamais connu de telles complications avec le bus depuis qu’il le prenait. Lire plus