Des îles

(Lesbos 2020 – Canaries 2021)

 

OGRE N°43 – Marie Cosnay

Marie Cosnay

Des îles (Lesbos 2020 – Canaries 2021)

 

vendredi 1er octobre 2021
Taille : 140 mm / 185 mm – 296p. – 21€
ISBN : 978-2-37756-119-3

Que fait la politique d’immigration européenne aux liens, aux familles et aux corps ? Comment en rendre compte ? Que faire de la question des disparus ? L’Europe est pleine de fantômes, et c’est à partir d’eux et pour eux que Marie Cosnay mène, depuis des années, un travail de terrain, et collecte la parole et les histoires des exilés. 

Avec Des îles, Marie Cosnay se saisit de ce matériau rare pour tisser une réflexion magistrale autour des acteurs de la migration, avec un infini respect pour leur parole, leur capacité d’agir, et leur dignité.

Premier volume d’une série d’ouvrages consacrés à une histoire orale de l’exil vers l’Europe, entre enquête de terrain et récit documentaire, Des îles est une œuvre d’une force politique et littéraire saisissante. 

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Marie Cosnay, dont l’œuvre est tout entière traversée par les notions de frontières et d’enquêtes, mène depuis de nombreuses années une activité militante : elle accueille et accompagne les exilés qui passent par la frontière basque. Depuis 2020, Marie Cosnay reçoit de plus en plus d’appels liés à des disparitions ; des familles cherchent leurs proches partis sur la route, dont elles ont perdu la trace. Cette récente évolution a profondément bouleversé la nature de son travail sur le terrain et du livre que vous tenez entre les mains. 

 

LA PRESSE

 

« Marie Cosnay, 'Mon livre est une observation géographique de ce qu'une politique absurde fait aux individus' », dans l'émission Par les temps qui courent, par Mathilde Wagman, France Culture : « C’est une part importante de ma vie d’être sensible à ma frontière et aux frontières, tout comme je suis sensible à l’inégalité radicale à laquelle nous sommes confrontés, moi qui peut aller où je veux avec mon passeport, alors que d’autres ne le peuvent pas. L’écriture avait toujours été un endroit de traduction ou de fiction, mais jamais un endroit dans lequel je pouvais faire récit des histoires qui m’arrivaient. Je pense que si je fais récit aujourd’hui de mes enquêtes autour des paroles des migrants, et de ce qu’on fabrique aux frontières, c’est parce que ça nous dépasse et que c’est urgent. » 

 

« Marie Cosnay : Écrire politiquement (Des îles) », par Jean-Philippe Cazier, Diacritik, 29 octobre 2021 : Avec Des îles, Marie Cosnay réalise une des possibilités de l’écriture littéraire, à savoir produire un contre-discours. Non pas simplement un discours contre mais un discours qui affirme ce que le discours dominant (celui des dominants, en fonction de leurs seuls intérêts, justifiant leur domination) masque et efface. Ce qui ici est masqué, effacé, ce sont les vies des migrant.e.s, vies assassinées chaque jour, sous nos yeux, devant nos portes. Ce qui est ici affirmé, montré et valorisé, ce sont les vies des migrant.e.s, vies tendues vers la vie, la leur comme celle de tous et toutes. Lire plus

 

 

EN PARLE

 

« Pays basque : Marie Cosnay raconte les vies en transit des exilés et une géographie de malheurs », par Pierre Penin, Sud Ouest : L’auteure décrit par les vies en transit les politiques migratoires Européennes. Stratégies du barrage face auxquelles « il faut être capable de disparaître », écrit-elle. « De s’anonymiser, de s’hétéronomiser. » Les exilés acceptent de « ne pas être retrouvés » en cas de malheur. Et il est un fidèle compagnon de route. « La disparition des noms et des corps est la grande question à nos frontières. » Tout est possible quand tout est clandestin. Sans corps pour admettre, les proches sans nouvelles depuis des semaines préfèrent croire à quelque empêchement mystérieux. Même à des « prisons secrètes », selon une rumeur tenace. Tout vaut mieux que la mort d’un fils, une sœur. Mieux vaut « des fantômes ». « Nomades à jamais, à jamais attendus », lit-on. Marie Cosnay narre la recherche de la jeune Makoko, selon toute vraisemblance morte dans l’Atlantique. Même les associations humanitaires l’imaginent disparue par choix. Pour échapper à la domination d’un frère, d’un réseau de passeur, enfin libre. Réconfort, sans doute. Confort aussi. Sans corps, pas de mort. « C’est tout autant vrai pour les autorités européennes », grince la militante de l’asile. Lire plus

 

EXTRAIT

 

PROLOGUE 

 

« La politique d'immigration européenne créait des lieux de fiction : Dublin III, le règlement, enfermait les gens dans ces pays qu'après 2008 on s'était pris à appeler les PIGS. Il s'agissait des premiers pays d'entrée en Europe, ceux du Sud.

Plus encore que les premiers pays d'entrée, les îles, Lampedusa, les îles grecques, les Canaries, devenaient des prisons. Les déserts et les mers, des cimetières. 

Pour ce premier volume d'observation de ce que font à nous-mêmes, au monde, aux liens, à nos liens, les empêchements de circuler, je suis allée à Lesbos, puis à Gran Canaria et à Tenerife. 

Je suis aussi beaucoup restée à la frontière qui est la mienne, entre Espagne et France, au Pays Basque. Il y avait de quoi faire. 

Nous étions, en silence, devant une tragédie immense.
Des frères cherchaient des frères, des sœurs.
Des parents, des fils et filles.

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