Comètes et perdrix

OGRE N°38 – Marie Cosnay

Marie Cosnay

Comètes et perdrix

 

jeudi 04 mars 2021
Taille : 140/185 – 184p. – 19€
ISBN : 978-2-37756-098-1

Je suis écrivaine, et je vis au Pays basque. Née en 1965, et élève dans un établissement religieux quand j'étais enfant, j'ai toujours connu, par rumeurs, les périples que vous avez vécus ici, les injustices qui vous ont été faites. Après avoir lu toute la documentation sérieuse que j'ai pu trouver, les archives ici, celles du Vatican qui sont disponibles, après avoir parlé à quelques descendants des acteurs de l'époque, j'ai écrit un texte, mi-documentaire mi-fiction, qui prend comme point de départ votre kidnapping par les prêtres basques, et qui a l'ambition d'évoquer toute une période (de 1936 à 1953) à cet endroit de frontière. Je ne donne aucun élément nouveau, je n'innove pas, sauf à fictionnaliser les deux scènes où vous apparaissez : la scène de l'évasion du collège et celle du passage des Pyrénées. Le livre prend clairement parti et dénonce l'aveuglement de l'Église et de certains de ses prêtres, sans être polémique. Je dirais qu'il se veut historique.

 

C'est avec ces mots que Marie Cosnay adressait les épreuves de Comètes et Perdrix à Robert Finaly alors que nous avions retrouvé sa trace en Israël où il exerce encore une activité de pédiatre. Et ces quelques mots résument parfaitement le projet de Marie Cosnay : s'approcher de la vérité au moyen de la fiction et du récit. Car cette histoire singulière des enfants Finaly en convoque d'autres, celles de la frontière, le rocher des Perdrix, et celles de ceux qui la traversent, ainsi que celles de toute une constellation de personnages dont les décisions et les convictions ont conduit à cet enlèvement. En explorant cette affaire par le biais des récits multiples qui y sont liés, Marie fait de cette matière historique une enquête et un passionnant roman d'espionnage.

L'affaire Finaly : d'un fait divers à une affaire d'État

Comètes et Perdrix est l'histoire incroyable de deux enfants juifs, Robert et Gérald Finaly, dont les parents ont été déportés et exterminés par les nazis. À la Libération, la tante des deux orphelins, installée en Israël, réclame ses neveux auprès d'Antoinette Brun à qui ils avaient été confiés. Celle-ci refuse de les rendre, plaidant qu'elle les a sauvés, élevés et baptisés. L'affaire est alors portée en justice. Pendant huit ans, de 1945 à 1953, l'affaire Finaly va diviser l'opinion et la presse internationale tout entière, partager le monde intellectuel et judiciaire, provoquer une véritable crise diplomatique qui opposera juifs et catholiques, cléricaux et laïcs, impliquer Franco, le dictateur espagnol, compromettre l'Église de France et le Vatican. C'est un fait divers devenu affaire d'État, qui révèle un autre antisémitisme, celui qui voudrait protéger des enfants juifs de leur propre religion, et qui pose la question intemporelle de l'accueil. Que fait-on quand on accueille ? Que protège-on quand on cache deux enfants juifs en 1953 ?

L'entreprise, à la fois historique et littéraire, qui marque l'œuvre de Marie Cosnay, n'est pas de raconter de manière linéaire et chronologique des faits qui ont conduit à une situation donnée mais plutôt d'explorer les mécanismes intimes, historiques et politiques qui y ont conduit. À l'origine de ce livre il y a donc ce désir d'enquête, mais aussi un territoire, le Pays basque, les Pyrénées, ses cols et ses frontières. Marie est landaise, vit à Bayonne, et connaît parfaitement les lieux dont il est question. Et surtout, depuis de nombreuses années, Marie participe et organise l'accueil d'exilés qui passe les cols du Pays basque. Elle tire de son expérience une sensibilité et une acuité rares face à ces questions qui sont au cœur de son travail d'écriture.

 

LA PRESSE EN PARLE

 

Sélection été 2021 des producteurs de France Culture : Marie Cosnay, grâce à une écriture saccadée nous transmet cette histoire qui bégaie et rebondie sans cesse bien au delà d’un roman historique. C’est d’abord une chair littéraire déroutante qui entraîne le lecteur dans son tourbillon, nous perd dans les Pyrénées et nous ouvre les yeux sur les questions très contemporaines de frontières et d’accueil.

« Un jour, un livre : 'Comètes et Perdrix' », par Guillaume Lecaplain, Libération, 1er août 2021 (accès abonnés) : Et comme presque toujours chez Cosnay, le personnage principal est la frontière : comment on la voit, comment on la passe, ce qu’on laisse en la passant.

 

« À la recherche de l’affaire Finaly – sur Comètes et Perdrix de Marie Cosnay », par Christian Salmon, AOC, 08 mars 2021 : Marie Cosnay ne raconte pas l’Affaire en chroniqueuse, car la bataille des idées ne se mène pas front contre front mais couche après couche. Son roman n’est pas historique mais archéologique.

C’est sans doute la plus belle découverte du livre. La clé de voûte de l’affaire Finaly n’est pas une idéologie structurée ; elle est portée par des calculs, des intérêts, des trafics qui prennent la place des questions, le peu d’idées qu’ont les hommes, d’une date à une autre, d’un désespoir à l’autre et qui créerait une sorte de « roulement » automatique des idées reçues. Ce n’est qu’aux époques d’idiotisme social, écrivait déjà Mandelstam, que s’établissent la paix ou l’armistice.Lire plus

 

LES LIBRAIRES AUSSI

 

Librairie L'Impromptu (Paris) : Une fascinante plongée dans l'Histoire et notamment celle d'un fait divers d'après-guerre qui arrive en France, l'affaire Finaly, une affaire outrageusement antisémite, celle d'un rapt d'enfants, de l'intolérance et du détournement de la religion. A la lisière de la légende urbaine, Marie Cosnay nous conte avec entrain cette histoire, enquêtant via le prisme des protagonistes et nous passionne !

 

EXTRAIT

 

À la frontière

 

(De monsieur le curé de Biriatou, de José Susperregui,

alias Ttomo, alias del Campo. De la frontière.

Des laminak et de l’ombre de deux membres du réseau Comète.)



L’un porte des lunettes, l’autre aussi, elles sont trop grandes, elles tombent sur son nez, il les rajuste. Tous les deux sont vêtus de blousons bien chauds. D’abord, on est descendus jusqu’à la rivière ; Gérald, celui des lunettes de déguisement, voulait glisser tout droit sur les fesses, le curé l’en a empêché. Sorti de la nuit, l’air faisait des épaisseurs de lumière. Sur le mont des Perdrix, les couleurs explosaient ; nichés dans les taches de neige, les buissons rougissaient. La rivière faisait des bouillons, on avait froid aux mains, monsieur le curé a donné les gants. Gérald sautait à pieds joints, une deux, une deux, longeant la Bidassoa. Le franchisseur et monsieur le curé les emmènent sur une piste de contrebande et de résistance – c’est ce qu’a compris Robert. Les enfants n’ont pas beaucoup dormi.Lire plus